samedi 28 février 2009

Michel Bellion, peintre de l'expédition Lapérouse

article Ouest-France du 27 fevrier:


Dans son atelier de Saint-Pabu, Michel Bellion regarde une gouache représentant un ramequin en porcelaine chinoise. L'un des objets remontés à la surface à Vanikoro.

L'artiste de Saint-Pabu a accompagné la dernière mission envoyée à Vanikoro. « Une très grande aventure », confie-t-il.

Vanikoro. Un nom magique sur lequel Michel Bellion vient de mettre un visage. « J'ai navigué à peu près partout dans le monde. J'ai vu des endroits magnifiques. Mais là, je pense que c'est l'expédition la plus fabuleuse de ma vie de peintre. J'ai vécu une très grande aventure. »

Vanikoro, c'est cette île du Pacifique sur laquelle Lapérouse et ses 220 compagnons de voyage ont fait naufrage en 1788 alors qu'ils effectuaient un voyage de découverte autour du monde. Ils avaient quitté Brest trois ans plus tôt, le 1er août 1785, à bord des frégates l'Astrolabe et la Boussole.

Peintre officiel de la Marine, Michel Bellion a participé à l'expédition organisée en fin d'année dernière pour collecter des vestiges du drame. Il a rallié Vanikoro à bord du Dumont d'Urville, un bâtiment de la Marine nationale. Son séjour sur place a duré près de trois semaines.

« Un moment unique »

Parti avec 20 kg de papier et 10 kg de peinture, l'artiste peintre de Saint-Pabu a réalisé quelque 80 oeuvres sous forme de gouaches, aquarelles, dessins au fusain et à la mine de plomb. « J'ai bossé comme un cinglé. C'était un moment unique à saisir. Je n'y retournerai vraisemblablement jamais... »

Michel Bellion a suivi au jour le jour l'avancée des recherches. Il a peint bon nombre des quelque 150 objets remontés de la faille où a coulé la Boussole.

La qualité esthétique de l'un d'entre eux l'a particulièrement frappé. Il s'agit d'une amulette en os de baleine sculptée par les indiens Tinglit, un peuple habitant l'Alaska. Michel Bellion y voit une « chimère ». Elle faisait sans doute partie de la collection du chirurgien-major de la Boussole, Claude-Nicolas Rollin.

Végétation impénétrable

À terre, le climat tropical a mis le peintre à rude épreuve. « Avant de commencer à peindre, on jette un coup d'oeil vers le ciel entre les feuilles de palmiers. Le temps semble propice. Vous installez votre matériel. Cela vous prend vingt minutes. Là, vous entendez le bruit de la pluie qui arrive... Il n'y a nulle part où se mettre à l'abri. C'est l'horreur. »

La température oscille entre 30 et 35° à l'ombre. Ajoutez à cela la présence des crocodiles de rivière... Vanikoro n'a rien d'un paradis. Une végétation impénétrable couvre l'ensemble de l'île. Seul moyen pour aller à l'intérieur, remonter les cours d'eau.

Michel Bellion l'a fait à bord d'une embarcation à moteur de la Marine. Une expérience inoubliable. « Il y a les lianes, les bruits d'oiseaux, la luxuriance de la nature. Un homme à l'avant de l'embarcation fraye un chemin à la machette. Cela ressemble vraiment à Tintin dans « L'oreille cassée». »

Deux ou trois télévisions

Les habitants de Vanikoro n'ont pas laissé Michel Bellion indifférent. Le peintre s'est fait ethnologue. Il a observé les différences irréductibles entre les différentes populations. « Les Polynésiens naviguent à la voile sur des pirogues à balancier. Les Mélanésiens, eux, ne connaissent que la pagaie. »

Dans le village de Païou, Michel Bellion a réalisé un certain nombre de portraits au fusain. « C'est un autre monde. Là bas, le seul bruit de moteur que j'ai entendu, c'est celui de nos hors-bord. Mais ça change. Ils ont maintenant deux ou trois télévisions au village. »

Aujourd'hui, Michel Bellion a retrouvé Saint-Pabu. Il conserve les oeuvres réalisées à Vanikoro dans de grands cartons à dessin. Avant de les mettre en vente, il aimerait bien en faire un livre. Facétieux, ce lecteur de Tintin en a déjà trouvé le titre. « J'ai bien envie de l'appeler « Le secret de la chimère ». »

Olivier MÉLENNEC.
Ouest-France