dimanche 26 décembre 2010

Lapérouse en livres

Publié le 26/12/2010 09:43 | LaDepeche.fr
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"Découvrir le Tarn c'est aussi apprendre à connaître les grandes figures de sa région. Pierre Bérard, conférencier maritime, président d'honneur du musée dédié au navigateur, publie « Un autre regard sur Lapérouse ». Suivre les traces de son voyage, les étapes faites jusqu'à son naufrage à Vanikoro, « un bon résumé » souligne Gérard Maynadié, et une bonne façon de réveiller un esprit aventurier pendant cette période hivernale. 18,50 €.
Pour les plus curieux et moins aventurier, Anne Pons retrace la vie de Lapérouse en format poche chez Gallimard."
 

samedi 25 décembre 2010

EXPO/LIVRE "James Cook : A la découverte du Pacifique"

Une très belle exposition et un très beau catalogue : les objets sont abondants, le catalogue très documenté et bien écrit... Vite au Musée d'Histoire Naturelle de Berne jusqu'au 13 février 2011.

Argumentaire de l'exposition: http://www.bhm.ch/james-cook-fr.cfm

" Le Musée Historique de Berne consacre une vaste exposition au grand navigateur et explorateur James Cook (1728–1779). Dispersés après les trois voyages de Cook, plus de 400 objets provenant de musées et de collections privées du monde entier y sont réunis pour la première fois.

James Cook
Le navigateur britannique James Cook est considéré comme l’un des plus grands explorateurs de l’histoire. À l’époque où il entreprit ses trois voyages d’exploration dans le Pacifique, l’hémisphère Sud restait encore inconnu aux Européens. Onze ans plus tard, lorsqu’il trouva la mort à Hawaï, c’était une nouvelle vision du monde qu’il léguait à la postérité. Ses expéditions ont élargi et durablement influencé les connaissances en matière de navigation, d’astronomie, de sciences naturelles et d’histoire des civilisations depuis le siècle des Lumières." (...)

mercredi 21 juillet 2010

Samedi 7 août 2010 à 21.35 (Inédit) "AU DELA D'UN NAUFRAGE..."

Série documentaire
Durée 4 x 52’
Auteurs Olivier Juliet et Yves Bourgeois
Réalisation Yves Bourgeois
Production France Télévisions / France 3-Thalassa / Docside / Atom / Canal Overseas Productions / IRD / Ecpad
Année 2010

vendredi 25 juin 2010

Les films des expéditions Vanikoro bientôt rediffusées sur France 5

SAMEDI 17 JUILLET 21.30
DIMANCHE 25 JUILLET 14.40
DANS LE SILLAGE DE MONSIEUR DE LA PÉROUSE
LE MYSTÈRE DE VANIKORO
Série documentaire

Différentes missions de recherches ont été menées pour éclaircir le mystère de la disparition de La Pérouse et de ses 220 marins et scientifiques, naufragés dans les îles Salomon.
© G. Mermet
Quatre films retracent l’aventure et le destin tragique de l’expédition du navigateur français La Pérouse, en suivant les différentes opérations scientifiques contemporaines menées par des archéologues passionnés. Ce premier volet a été réalisé lors de la campagne de 1999.

Retour sur le mystère de l’expédition initiée par Louis XVI en 1784, sous le commandement de l’officier La Pérouse. Elle visait à poursuivre la cartographie de la planète, établir d’autres comptoirs, ouvrir de nouvelles routes maritimes, enrichir les connaissances scientifiques françaises, afin de rivaliser avec le légendaire capitaine Cook. En 1788, L’Astrolabe et La Boussole disparaissaient, après leur départ d’Australie, dans le Pacifique Sud. Le premier navire est localisé en 1827 par Peter Dillon, à 2 000 kilomètres au nord de la Nouvelle-Calédonie, au large de l’île de Vanikoro, tandis que l’autre est détecté en 1964 par l’amiral Brossard dans une faille de la barrière de récifs.
Le film suit une des expéditions de l’Association Salomon sur les lieux du naufrage. Là, le passé se mêle au présent et les deux aventures, celle de l’expédition menée il y a deux siècles et celle de ces archéologues, se conjuguent. Voilà vingt ans qu’ils cherchent à comprendre ce qui s’est passé. De nombreux documents, comme le journal de bord de La Pérouse et cinq cartes, permettent de comprendre ce voyage ambitieux. L’équipe remonte des fragments du bateau, des pots, des boucles de ceinture et d’autres détails infimes, dernières traces de cette odyssée. Les recherches les conduisent enfin sur l’île où se seraient installés d’éventuels survivants.
Valentine Ponsy
LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS
• Portés disparus (samedi 24 juillet)
En 2003, des plongeurs remontent les restes du squelette presque complet d’un Européen. Une formidable enquête policière démarre alors pour tenter de déterminer quelle peut être son identité.
• Le Secret des déferlantes (samedi 31 juillet)
L’année 2005 voit la consécration de toutes ces recherches, avec l’identification formelle des deux épaves. Ces navires sont bien ceux du capitaine La Pérouse.
• Au-delà d’un naufrage… (samedi 7 août)
En 2008, une nouvelle campagne de fouilles est lancée. Les enjeux de cette dernière expédition ? Tenter par tous les moyens de trouver le moindre indice et la moindre trace prouvant le passage des Français dans l’île.
SÉRIE DOCUMENTAIRE
DURÉE 4 X 52’
AUTEUR-RÉALISATEUR YVES BOURGEOIS
PRODUCTION FRANCE TÉLÉVISIONS / ATOM / PRODOM / IRD
ANNÉE 2001

lundi 21 juin 2010

Alex François: Un linguiste à Vanikoro



L’enquête sur le souvenir du naufrage

Le Linguiste Alex François a consacré sur son site personnel une large partie à son enquête lors de son séjour sur le site de Vanikoro où se sont échoués les navires de Lapérouse: on y trouvera de nombreuses informations utiles, pdf, photos. A voir donc absolument pour tous ceux que la version universitaire des fouilles interesse.
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(extrait du site)
Qu'ai-je découvert à Vanikoro? Comment s'est déroulée mon enquête sur la tradition orale?
Si vous voulez le savoir, vous pouvez lire le chapitre que j'ai rédigé dans le bel ouvrage publié par l'Association Salomon:

dimanche 13 juin 2010

Albi. D'une expédition à l'autre...

article en version intégrale publié le 12.06.10

Musée Lapérouse

M Colombier devant quelques uns des clichés de l'exposition./ 
Photo DDM.
M Colombier devant quelques uns des clichés de l'exposition./ Photo DDM.
Hier soir avait lieu au musée Lapérouse le vernissage de l'exposition photo retraçant le parcours de l'expédition Tara Arctic. Cette aventure, menée dans le cadre de l'année polaire internationale et du programme européen Damoclès avait vu, entre septembre 2006 et janvier 2008, huit scientifiques traverser le pôle nord dans un voilier. Pris par les glaces, ils se sont laissés dériver pour mener à bien leurs recherches sur la biodiversité polaire. Ils ont notamment montré une diminution de l'épaisseur de la banquise, après avoir examiné les glaces, les eaux de mer et les caractéristiques atmosphériques des lieux.
«C'était une aventure à la fois scientifique et humaine, un peu comme a pu l'être celle de Lapérouse », précise le secrétaire de l'association Lapérouse Albi France, M Henry Colombié. Cette exposition, prêtée par le musée de la mer de Biarritz sera visible jusqu'au 19 septembre. Dix-huit clichés se succèdent, révélant les conditions extrêmes dans lesquelles se sont déroulées les recherches.
«Les températures pouvaient descendre jusqu'à -40°C» explique M Colombié. Les photos d'aurores boréales côtoient les vestiges retrouvés à proximité des épaves de l'expédition commandée par le marin albigeois.
Les visiteurs ont pu apprécier la présence de M Bourget, médecin de l'expédition, venu spécialement pour l'événement et qui a eu à cœur de répondre aux questions des curieux.
A noter que le voilier qui a accompagné les chercheurs en Arctique mouille en ce moment même au large de l'océan Indien, dans le cadre d'un voyage scientifique autour du monde, Tara Océans, empruntant à quelques nuances près le chemin d'un certain... Lapérouse.
Entrée: 3€; horaires d'ouverture du musée Lapérouse: 9h/12h, 14h/18h (19h le week-end), fermé le lundi.

vendredi 21 mai 2010

Un film conférence sur Vanikoro à l’IRD (Nouméa, Nelle Calédonie)

pour ceux d'entre nous qui peuvent être à Nouméa la semaine prochaine...

Un film conférence sur Vanikoro à l’IRD

Le film Le mystère de Vanikoro, réalisé par Yves Bourgeois pour Thalassa, sera projeté mardi soir à 21 h dans l’auditorium de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à l’Anse-Vata.La projection, organisée dans le cadre des « Mardis de la découverte », par l’IRD, le CDP et l’UNC, sera commentée par Jean-Christophe Galipaud, archéologue et membre de l’association Salomon.

Il évoquera les recherches qui l’on mené à la découverte du « camp des Français » et quelques uns des membres de l’association Salomon commenteront le déroulement des fouilles en mer.

Rappelons que 200 ans après le naufrage à Vanikoro de La Boussole et de l’Astrolabe, commandés par Jean-François de Galaup de la Pérouse, l’association Salomon a financé et organisé plusieurs expéditions permettant de mieux connaître l’origine et les suites de la tragédie dont de grands pans restent à découvrir.

source: Nouvelles Caledoniennes 2010 May 22

jeudi 20 mai 2010

Lapeyrouse vs Lapérouse: origine du nom

par Pierre BÉRARD 
article publié en version intégrale
www.tarn-loisirs.com


D’un lieu rural occitan à une notoriété maritime francisée 

Les lieux "La Peyrouse" en pays d’Oc, et ailleurs
La ferme Lapeyrouse : la famille du marin avait comme base de ses revenus des propriétés rurales au Gô avec maison de maître, dans une boucle du Tarn proche d’Albi, et le domaine de Labarthe, qui fait désormais partie de la ville. Elle possédait aussi d’autres terrains agricoles plus éloignés, vignes, prés, terres cultivables, et en particulier la métairie de La Peyrouse, alias "la pierreuse", achetée vers 1750 par Victor-Joseph de Galaup, mais qui avait appartenu antérieurement à sa famille par le biais d’une arrière-grand-mère "de Ciron."

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Ferme La Peyrouse
Cette ferme, sur l’actuelle route de Fauch, n’avait rien de particulier, mais représentait une rente de l’ordre de 200 livres tournois par an ; si son sol avait été à l’origine assez pierreux, le travail agricole sur les terres arables consiste précisément à les éliminer progressivement à l’occasion de chaque mise en culture annuelle.
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Albi, route de Fauch
Cette propriété restera dans la famille du navigateur, dans la branche Barthès, celle de sa plus jeune soeur, avant sa vente à Mme de Lauzeral (de Labastide-de-Lévis) en février 1851, ayant alors le fronton de la ferme enrichi d’un décor maritime.

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Décor maritime sur le fronton de la ferme Lapeyrouse
Le château de Lapeyrouse - Fossat, commune de Castelmaurou (31180), sur la route d’Albi à Toulouse, est un domaine beaucoup plus important de 365 hectares (il en reste une cinquantaine actuellement, bois et cultures associés au château, et la toiture actuelle remplace un toit beaucoup plus plat à cette époque), qui appartenaient à Philippe Picot de Lapeyrouse, capitoul de Toulouse, sans descendance mâle.
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Château de Lapeyrouse-Fossat
Il en a fait hériter son neveu, également appelé Philippe Picot, naturaliste de talent et un des principaux gestionnaires du Jardin des Plantes de Toulouse, considéré à cette époque comme le second après Paris.
Ce Picot, issu d’une famille bourgeoise de commerçants de la région toulousaine, deviendra président du district de Toulouse, où il a joué un rôle significatif dans l’organisation de l’enseignement public.
Sous le règne de Napoléon le conventionnel Richard représente le pouvoir central à Toulouse, où il est chargé de désigner un maire, si possible docile.
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Buste du maire Lapeyrouse
Ce sera M. Picot, déjà engagé dans la vie publique, qui sera le maire de Toulouse de 1800 à 1806 : malgré quelques difficultés pour accepter les projets gouvernementaux tels que celui de démolition des Carmes, la reforme de gestion de l’hôpital, le contrôle des impôts et d’une façon générale une perte d’autonomie municipale ; Richard comme Picot laisseront le souvenir d’honnêtes hommes vivant une époque de transition.
Picot, devenu héritier du château de Lapeyrouse où il se retirera, adoptera entièrement ce nom ; une courte rue centrale de Toulouse, de la place Wilson à la rue d’Alsace, commémore la mémoire sous ce nom de l’ancien maire de la ville, le nom de Picot s’effaçant devant son nom complémentaire de Lapeyrouse, châtelain des environs.
Toujours dans la région de Midi-Pyrénées la petite basilique Notre Dame de Lapeyrouse, près de "La Française" en Tarn-et-Garonne, dans le diocèse de Montauban, est un autre nom connu dans le Quercy.
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Pélerinage à la basilique Lapeyrouse
Elle remplace une chapelle dépendant au XIe siècle de l’abbaye de Moissac, construite dans une région de collines sur un tumulus portant un dolmen ; elle fut ensuite remplacée au XVIIe siècle par une autre chapelle, et entièrement reconstruite en 1877 par l’architecte Brefeil sous sa forme actuelle en style romano-byzantin, avec coupole en ardoise, assez surprenante dans la région. Inscrite à l’inventaire complémentaire des monuments historiques, elle est en cours de réhabilitation par le Conseil Général, et objet d’un pèlerinage le lundi de la Pentecôte.
Ces trois exemples dans la région ne sont pas limitatifs et avec des orthographes diverses, faisant toutes référence à la pierre, on trouve par exemple un lieu-dit Peyrouse, près de Gaulène sur la route de Valence d’Albi, ou à côté de Valdurenque dans la région de Castres. Il y a également près de Legevin, sur la route d’Auch au lieu-dit "Lapeyrouse" un château Castelnovel, ancienne halte des pèlerins, actuellement centre de soins pour enfants handicapés.
Au-delà de la région on trouve d’autres villages appelés Lapérouse dans l’Ain, Lapérouse-Mornay dans la Drôme, et, avec des orthographes différentes, Lapérouse dans le Puy-de-Dôme, Peyrouse dans les Hautes-Pyrénées, Perrouse en Haute-Saône. Quant aux "lieux-dits" caillouteux il y en a certainement bien d’autres, que les lecteurs de cet article sont invités à signaler.
Enfin on connaît la ville moyenne italienne de Pérouse (Perugia), entre Florence et Rome, et La Pérouse au Canada, dans le Manitoba, en pleine zone continentale, gare sur la ligne du "Canadian National Railway", en souvenir de l’expédition de la baie d’Hudson.

Appropriation et francisation du nom par le navigateur et par sa famille

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Armoiries de Galaup
Comme on le sait à Albi, et beaucoup moins ailleurs, l’explorateur maritime est un fils "de Galaup", une des 100 familles nobles d’Albi, dont les armoiries évoquent un cheval rapide. Lors de son entrée en 1756 à l’École des Gardes de la Marine de Brest Jean François de Galaup commence à ajouter à son nom de famille celui de la propriété La Peyrouse, que lui a donné son père pour compléter les revenus nécessaires pour suivre sa scolarité maritime, en partie payante à cette époque.
Bien que la référence à une terre qui vous appartient eût été fréquente chez les nobles, l’appellation du marin s’est orientée assez rapidement dans deux directions, l’une étant l’abstraction de plus en plus fréquente dans la signature de son nom patronymique, et l’autre une francisation de l’orthographe avec l’abandon du "y", caractéristique d’une prononciation à l’occitane.
Ceci est peut-être lié au désespoir d’un père vis-à-vis de son unique fils survivant, pour son manque d’intérêt au contrôle de la gestion agricole sur les propriétés familiales.
L’abandon du nom de Galaup a été constaté assez tôt dans les registres de la Marine ; alors qu’il est enseigne de vaisseau à l’Île de France les documents officiels parlent de M. de La Pérouse commandant la flûte "la Seine". Lui-même modifie assez rapidement sa signature "de Galaup de Lapérouse" pour De La Pérouse ou La Pérouse en un mot, et sans "y". Il est connu sous ce nom de La Pérouse par ses supérieurs et protecteurs (dont de Fleurieu) et par le roi Louis XVI lui même, et plus tard par les écrivains qui ont célébré sa mémoire, comme Chateaubriand ou André Chenier.
La querelle du "y" et du "la" isolé se poursuivra longtemps chez ses collatéraux, enfants de ses deux soeurs, dont la descendance prend naturellement le nom du père, au détriment du nom de jeune fille "de Galaup" de la mère.
Mais, en raison de la notoriété du grand marin, un rappel de la parenté avec lui a toujours été un objectif familial des neveux et de leurs descendants. En particulier la descendance de la sueur aînée qui comprenait de nombreux officiers, et même des généraux, fera officialiser par Louis XVIII en 1815, lors de la Restauration, le droit d’ajouter à son nom de famille celui de La Peyrouse. Puis en 1839 une ordonnance de Louis Philippe, à la demande de la famille, fera modifier l’orthographe officielle de ce complément en "Lapérouse" en un seul mot, comme signait l’intéressé.
Une querelle existe sur l’opportunité d’écrire La Pérouse ou Lapérouse, tel que semblait l’avoir choisi l’Officier de Marine lui-même, et tel que la dernière ordonnance le désigne officiellement, n’est pas tranchée. Une étude très documentée a été faite sur ce point par M. Thomas, président-fondateur du Boomerang-Club de France, qui conclut que l’orthographe correcte est La Pérouse, même si l’intéressé signait "par erreur" en un seul mot, par facilité, pour lui éviter de lever la plume entre les deux mots...
La Marine nationale a aussi une préférence pour l’orthographe "La Pérouse", en raison de son attrait, probablement inspiré des traditions britanniques, pour considérer qu’un navire de guerre est du genre féminin ; c’est aussi l’avis, qui fait autorité, de l’Académie des Belles Lettres.
En tout cas il vaut mieux conseiller à des gens qui se croient parents de Lapérouse, nom d’emprunt qu’il a choisi, parce que leur nom évoque ce mot, de faire plutôt des recherches autour "de Galaup" ou de sa famille, en utilisant les ressources de l’ouvrage très documenté du généalogiste familial M. d’Azemar.

Une célébration mondiale du nom de La Pérouse

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Colonne de Botany Bay fétée par l’équipage de Bruat en 1883
Ce n’est pas seulement sa famille qui a cherché à conserver et commémorer son nom, mais le monde entier par des appellations de lieux terrestres et maritimes, liés à son voyage d’exploration. Ceci n’est pas particulier à Lapérouse, et indique le bénéfice moral par la mémoire de leur passage qui revient aux navigateurs découvreurs et à leurs principaux collaborateurs.
Cette gloire s’étend aussi aux protecteurs (Necker, Crillon, d’Estaing, de Fleurieu) ou commanditaires de l’époque qu’ils voulaient honorer.
L’expédition La Pérouse est arrivée sur le rivage nord de Botany Bay (Australie, Nouvelles Galles du Sud) au moment où se créait la première colonisation de peuplement britannique australienne en janvier 1788. Son lieu de débarquement, proche de l’actuel aéroport de Sydney, s’appelle La Pérouse ; on y trouve un musée australien consacré au navigateur, ainsi qu’une colonne commémorant son voyage, construite par hyacinthe de Bougainville.
Deux lieux de baptêmes Lapérouse existent dans l’archipel des îles Hawaï, l’un est la baie de Lapérouse (dont l’aspect riant décrit par l’expédition a été modifié ultérieurement par une coulée de lave) à Maui en mai 1786 (stèle commémorative sur place), l’autre est "Lapérouse pinnacle", gros rocher isolé au milieu des "French frigate shoals", haut-fond évité de justesse dans la traversée est-ouest du Pacifique, à mi-distance entre Honolulu et Midway. Enfin on trouve à l’île de Pâques une baie de Lapérouse, complétant celle de Cook, souvenir de l’escale du 9 mars 1786.
Près de la baie des Français (Lituya Bay actuellement par 58°20 N, dominée par le mont "Crillon") se trouve le glacier Lapérouse, non loin de Fairweather, seul grand glacier actif de la zone à atteindre directement l’océan, les autres se déversant dans des baies abritées. Un sommet Lapérouse en Nouvelle Zélande fait le pendant du Mont Cook, bien que le navigateur français n’y soit jamais allé.
Au Kamchatka, dans le "Nalychevo nature park" au nord de Petropavlosk, un sommet de 1170 m de haut s’appelle Lapérouse.

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Détroit de Lapérouse vu de la pointe Soya à Hokkaïdo (Japon)
avec au fond Sakhaline se détachant sur le ciel.
En matière maritime le principal témoignage est celui de la découverte du détroit de Lapérouse, au nord du Japon, séparant Hokkaido (ville de Wakkanai) de Sakhaline, un peu plus large que la Manche, et aussi appelé détroit de Soya par les Japonais, (du nom de la pointe la plus nord de leur pays) qui honorent un pêcheur-explorateur nippon qui a traversé ce détroit, 50 ans après Lapérouse.
On trouve un haut-fond Lapérouse au large de l’île Vancouver, proche du Detroit Juan de Fuca, par environ 48°5 de latitude nord, souvenir de l’hydrographie faite par météorologie brumeuse entre l’Alaska et Monterey. Enfin dans l’océan Indien un dôme sous-marin, au large de la côte est de Madagascar, par 19°40 sud et 54°10 E, découvert en 1964 par une mission hydrographique française, a reçu le nom de Lapérouse, ce qui a été ratifié par l’Organisation Hydrographique mondiale, sise à Monaco.



En quittant la terre on est surpris de retrouver à la limite de la face visible, le nom de La Pérouse sur la géographie lunaire par 10° sud et 78° de longitude est.
Bien que son navire ne soit jamais passé par là, il faisait cependant le point avec des distances lunaires...
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La Pérouse sur la Lune
En plus de ces noms géographiques des monuments et écoles portent ce nom, à Albi naturellement (place où se trouvent sa statue, université, lycée, école, musée et commerces divers) et aussi à Nouméa (lycée) et à San Francisco (collège).
Timbres de nombreux pays et sujet de médailles achèvent de récompenser l’heureuse initiative de Louis XVI d’envoyer Lapérouse à la découverte pacifique du monde, pour en connaître les habitants et en mesurer les limites, désormais bien rétrécies par l’aviation.

Sur les traces de Lapérouse en Alaska

J'ai retrouvé cet article (les nouvelles calédoniennes 2003) aujourd'hui qui montre que l'association Lapérouse a vraiment poussé ses investigations sur tous les points du globe...


Six membres de l’association Salomon ont peut-être retrouvé un vestige marquant le passage de l’illustre navigateur en juillet 1786 à Lituya Bay, en Alaska (Etats-Unis d’Amérique). Il s’agirait d’une médaille et d’une bouteille enterrées lors de l’escale marquée par un drame.

Lituya Bay avait très mauvaise réputation chez les Indiens. Un sentiment qui perdure chez les navigateurs modernes. Deux embarcations, l’une de La Boussole et l’autre de L’Astrolabe, se perdirent le 13 juillet 1786 dans ses eaux tumultueuses avec 21 marins qui effectuaient des travaux de sondage. Parmi eux, les deux frères Laborde, fils du banquier de Louis XVI. Les instructions nautiques soulignent toujours que « le jusant, devant une houle de sud-ouest, occasionne des raz dangereux à travers l’entrée, qu’une embarcation ne pourrait pas surmonter... les personnes qui ne connaissant pas bien cette baie ne devraient essayer d’y entrer qu’à la mer étale qui dure de dix à vingt minutes ».

La disparition des marins amena Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, à implanter un cénotaphe sur l’île située au centre de la baie, appelée aujourd’hui île sous ce nom, l’orthographe en vieux français de cænotaphe étant devenue cénotaphe. Le monument disparuC’est sur cette île que les recherches de la délégation calédonienne se concentrèrent car, selon le récit de Lapérouse, il y avait installé l’observatoire de l’expédition comprenant une forge et un atelier. L’île lui fut vendue par le chef indien de l’endroit. Pour officialiser cette possession, le navigateur enterra au pied d’une roche une bouteille contenant un acte officiel et une des médailles de bronze qui avaient été frappées en France avant le départ. L’emplacement du cénotaphe, monument en forme de tombeau qui ne contient pas de corps, était parfaitement identifié sur la carte dessinée par l’expédition, au début de la falaise, au sud-ouest de l’île. Il n’existe plus, « probablement détruit par les Indiens », estime Alain Conan.

Il faut dire par ailleurs que l’endroit est soumis à de violents raz-de-marée. Celui de 1958, causé par un séisme, est monté à 600 mètres. Ses dégâts sont encore visibles. L’effondrement d’un pan de la montagne dans la baie dont la sortie constitue un étranglement, a aggravé le phénomène. Selon les spécialistes, des vagues aussi importantes ne devraient plus se produire car les éboulements ont fini par combler les fonds de la baie à l’aplomb de la côte.  

La bouteille témoin
Les recherches ont surtout porté sur la bouteille et la médaille déposées par Lapérouse. Elles ont été organisées autour des roches isolées, dans un paysage bouleversé et fréquenté par les dangereux ours que personne n’a vus mais que tout le monde a entendus. Leur conduite a été menée, avec des détecteurs de métaux, par Alain Conan et Denis Gosset, lesquels ont l’expérience requise. Un écho a été perçu au pied d’une roche de plusieurs tonnes. Selon Alain Conan, le signal indique la présence de bronze ou de cuivre. Il n’a cependant pas été possible de creuser en raison de la réglementation américaine sur la protection des sites historiques et parce que l’île est située dans un parc naturel protégé où il est interdit notamment de manipuler les minéraux et les végétaux. Mais ce n’est que partie remise car les autorités se sont montrées favorables à l’étude d’un protocole de fouilles préservant les intérêts biologiques, minéraux et surtout historiques, un dernier point sur lequel elles se sont montrées sensibles. La délégation calédonienne composée de M. et Mme Denis Gosset, de Jean Guillou, de René Donguy et de M. et Mme Alain Conan, a séjourné trois jours sur le site. Elle y a été rejointe par un Canadien, André Lemieux, passionné de l’histoire de Lapérouse. Les recherches ont été conduites avec la participation d’un archéologue, Wayne Howell, par ailleurs directeur du Glacier Bay National Park and Preserve, et d’un historien du National Park Service, tous deux de nationalité américaine.



Une prise de possession folklorique
La prise de possession de l’île du Cénotaphe par Lapérouse fut plus folklorique qu’officielle si l’on en juge par ce qu’il écrit dans son journal. Le chef « proposa de me vendre l’isle sur laquelle étoit notre observatoire, se réservant sans doute, ainsi que les autres Indiens, le droit de nous y voler ; il est plus que douteux que ce chef fut propriétaire d’aucun terrein, le gouvernement de ces peuples est si démocratique que le pays doit appartenir à la societe entière ; cependant comme beaucoup de sauvages étoient temoins de ce marché, j’avois droit de conclure qu’ils y donnoient leur sanction et j’acceptai l’offre du chef, convaincu d’ailleurs, que le contrat de cette vente pourroit être cassé par plusieurs tribunaux, si jamais la nation plaidoit contre nous, car nous n’avons aucune preuve que les temoins fussent les representants et le chef le vray propriétaire ; quoiqu’il en soit je lui donnoit plusieurs aunes de drap rouge, des haches, des herminettes, du fer en barre, des cloux ; je vis aussi des prements à toutte sa suite ; le marché ainsi conclû, et soldé, j’envoyai prendre possession de l’isle avec les formalités ordinaires - je fis enterrer au pied d’une roche, une bouteille qui contenoit une inscription relative à cette prise de possession, et je mis auprèz une des médailles de bronze, qui avoient été frappées en France, avant notre départ ».

dimanche 2 mai 2010

Le rêve brisé du Nantais Pierre Raffin (BABAR suite)

article repris en version intégrale sur http://www.saint-nazaire.maville.com

Pierre Raffin naviguait en solitaire à bord de Babar, un voilier 
en bois (à l'arrière-plan) avec lequel il avait déjà bouclé un tour du 
monde. N. B.   
Pierre Raffin naviguait en solitaire à bord de Babar, un voilier en bois (à l'arrière-plan) avec lequel il avait déjà bouclé un tour du monde. N. B.

Sur les traces des marins de Lapérouse, Pierre Raffin a été victime d'une grave avarie devant Panamá.

Il était parti de Paimboeuf en août dernier. Il a ensuite traversé l'Atlantique, longé les côtes sud-américaines, fait escale aux Antilles. Il s'apprêtait à passer dans le Pacifique, cap sur les archipels situés au large de l'Australie dans l'espoir de retrouver d'éventuels descendants des marins de Lapérouse naufragés en 1788. Il naviguait seul à bord de Babar, son fidèle voilier en bois avec lequel il avait déjà bouclé un tour du monde en 2002, façon Jacques-Yves Le Toumelin. Son rêve s'est brisé en même temps que la barre de son voilier, il y a quelques jours, au large du canal de Panamá.

Collisions évitées

Nuit du 7 au 8 avril : Pierre Raffin affronte un vent de force 7. Soudain, la pièce métallique qui relie la barre au safran cède. Dans les coups de boutoir des déferlantes, et entre les cargos qui font route vers le canal, le marin nantais réalise, non sans mal, une réparation de fortune. Plusieurs collisions sont évitées de justesse. Le 12 avril, il parvient à rallier Colón sur la côte du Panamá.

« J'ai pris ma décision »

« Je pensais avoir préparé mon bateau du mieux possible, mais cette avarie est révélatrice : je pouvais perdre Babar... », lâche Pierre Raffin qui s'avoue « physiquement très fatigué ».

Cette fortune de mer survient en triste simultanéité avec l'annonce du décès d'un proche et des considérations familiales qui rendent souhaitable sa présence en France. Le choix d'un retour s'impose alors à lui.

« J'ai donc pris la décision de rejoindre les Açores via les Bermudes pour être à Paimboeuf en août ». Après les nécessaires réparations du bateau, il a donc mis le cap vers la France le 18 avril. Mais déjà percent dans son esprit de nouvelles pages de navigation à écrire : « Je vais essayer de ramener Babar... pour le préparer à de nouvelles aventures ».

Jean-Philippe Lucas
Presse-Océan

mardi 27 avril 2010

Le fabuleux destin de Simon Lavo, chirurgien major de Lapérouse (Suite)

Monsieur Denizet a eu la gentillesse de nous apporter les compléments d'informations suivants:

  1. Je vous remercie de l'intérêt que vous avez porté à mon article sur le chirurgien Lavo, qui est l'un des possibles rescapés du naufrage. Toutefois, depuis que l'article a été publié, l'hypothèse selon laquelle il aurait abordé les îles Vitu a pris un peu l'eau. En effet, le livre sur lequel s'appuie cette hypothèse,écrit par Jacobs, ne parait pas être tout à fait fiable. Mais déjà, d'autres pistes apparaissent toujours  a propos de Lavo, grace notamment à l'infatigable Jean Guillou, ancien membre - il a aujourd'hui 93 ans - de l'association Salomon.
  2. Si vous êtes intéressé par Lavo, je ne puis que vous recommander le livre " les navigateurs d'Eure et Loir" publié par la Société archéologique d'Eure et Loir ( 1 rue Jehan Pocquet Chartres ; tel 02 37 36 91 93 ap-midi ; prix 35 Euros) dans lequel j'ai écrit un article de 70 pages sur Lavo. Un autre article évoque l'horloger de l'expédition, Guéry, natif ;lui aussi de l' Eure et Loir. La majorité du livre est consacré au naufrage de la Méduse. ( récit de rescapé natif de l' Eure et Loir)
  3. J'ai déjà reçu un mail d'un lecteur de votre blog qui me signale que les notes de l'article mises entre crochet [1] ( les références en l'occurence) n'apparaissent pas. CORRIGE merci !

vendredi 16 avril 2010

Le fabuleux destin de Simon Lavo, chirurgien major de Lapérouse

Article publié en version intégrale et extrait du site Histoire & Généalogie le jeudi 17 septembre 2009, par Alain Denizet 

« Il y a dix-huit ans en l’an 1785 (…) Simon Lavo s’est embarqué sur les mers glaciales en qualité de chirurgien major avec et sur le vaisseau du citoyen Lapérouse [1] à la suite d’une campagne qu’il avait fait sur mer pendant six ans avec le citoyen Suffren sans qu’on ait reçu aucune nouvelle de ce citoyen Lavo chirurgien depuis le 13 mars 1786 qu’il a écrit et daté sa lettre de l’abbaye (la baïe) de la Conception [2]. »

Quelle est l’origine sociale et géographique de Simon Lavo ?

Les recherches de généalogique réservent quelquefois des pépites inattendues. Alors que je consultais les actes de notaires de Voves (en Eure et Loir) dans le cadre de mon enquête sur mon ancêtre Aubin Denizet [3], un acte de partage de biens [4] attira mon attention : il mentionnait un certain Simon Lavo qui avait été sous les ordres de Suffren, puis de Lapérouse en qualité de chirurgien major pour la plus grande expédition scientifique du XVIIIéme siècle… Ce document mettait en lumière le destin hors du commun de ce beauceron, né à Germignonville en 1755 de Jacques Lavo et de Marie Catherine Gidouin, mort sur une île du Pacifique à une date indéterminée et, jusqu’à cette découverte fortuite, seul membre de l’état-major de l’expédition Lapérouse dont l’origine sociale et géographique était inconnue. Il reste encore à découvrir et les généalogistes peuvent apporter leur concours pour affiner le portrait de cette famille [5].

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Acte de notoriété Lavo
26 avril 1802 (6 floréal an X), étude de Lubin Caillaux, notaire de Germignonville. Acte par lequel dix témoins du village reconnaissent que Simon Lavo n’est pas revenu au village depuis 1785. Il s’agit d’établir un jugement déclaratif de sa « mort » afin de pouvoir procéder au partage des biens des parents Lavo au profit des trois frères et sœur de Simon Lavo. Archives départementales d’Eure et Loir 2 E 66/214.
Les Lavo sont implantés en Beauce depuis au moins le début du XVIIe siècle. Le père de Simon pratique la double activité de marchand et de laboureur. La famille Lavo est aisée car elle possède plus de 30 hectares, 4 « manoirs » auxquels il faut ajouter les biens de la boutique évalués à quatorze milles livres.

Une description très précise de l’environnement familial nous est fournie à l’occasion de l’inventaire après décès du père de Simon Lavo en janvier 1782 [6], soit celui qu’a connu le chirurgien major avant de partir vers les Indes avec Suffren en 1781. Le manoir se compose de deux chambres à feu, d’une chambre froide, d’une chambre dite « boutique », d’un fournil et au fond de la cour d’une autre chambre froide pour la domestique. Une écurie, l’étable et « un toit à porcs », abritent quatre chevaux, quatre vaches et deux porcs. Dans la cour sont rangés les « herses à dents de bois », les « trois roulleaux de chesne », le tombereau et autres matériels agricoles.
Si la pièce d’habitation principale a un mobilier ordinaire, certains des objets cités dans l’inventaire révèlent à la fois l’aisance et l’ouverture de la famille : une « caffetière de cuivre rouge, (…) une vieille montre de cuivre sur laquelle il y a une petite feuille d’argent » (…),15 bagues neuves le tout en argent (…), une petite tasse marquée J. Lavo » ; enfin, la « quantité de 54 tomes de livres tant de prières que d’histoire ». Peu de familles de Germignonville ont autant de livres et d’objets de cette valeur. En dehors des articles d’usage fréquent – sabots, aiguilles, chandelles, tissus - la boutique Lavo propose des denrées venues du lointain comme l’huile d’olive, du poivre, de la muscade et du tabac de « Virgini » ainsi que des livres d’histoire ; des marchandises qui auraient pu donner au jeune Simon le goût du large.


Pourquoi ce beauceron devient-il chirurgien major de la Marine ?

Nous ignorons tout du cursus qui a mené Simon Lavo de la boutique familiale à son engagement dans la marine. Sa famille peut supporter le coût de l’apprentissage [7] auprès d’un chirurgien (honoraires évalués à 200 ou 250 francs annuels pendant 5 ans) ainsi que les frais liés à l’accès à la maîtrise (plus de 700 francs à Orléans ville où une école royale de chirurgie a été créée par lettres patentes du roi en 1759). L’influence a pu naître de son environnement proche ; en effet, registres paroissiaux et actes notariaux nous apprennent qu’un maître en chirurgie, François Nampes, officie à Germignonville jusqu’à sa mort en 1772 et que la famille Lavo compte un praticien, Philippe Marchoisne et qu’elle a dans ses relations le fils du chirurgien du village voisin de Sancheville.

Quoiqu’il en soit, la première mention de Simon Lavo comme « chirurgien » apparaît en 1775, puis une seconde dans un dossier judiciaire en 1777 où, désigné comme « chirurgien demeurant à Germignonville », il figure comme témoin dans un procès opposant le curé et le notaire du village à la suite d’une rixe qui a mis le village en émoi.

Il n’appartient pas au corps des « chirurgiens brevetés et entretenus de la Marine », formés dans l’une des trois prestigieuses Écoles de santé navale de Rochefort, Toulon et Brest. En effet, qualifié de « chirurgien de levée », il fait partie des chirurgiens civils qui, volontaires ou requis, rejoignent la Marine après avoir été sélectionnés à Brest. Comme des centaines de ses collègues, Simon Lavo bénéficie du contexte économique et politique : les règlements imposent un nombre croissant de chirurgien par navire et le conflit franco-anglais aux Indes ainsi que la guerre d’Indépendance américaine requiert des effectifs d’une importance telle (près de 1400) que les chirurgiens « entretenus » sortis des Écoles de santé navale ne peuvent en fournir que 11%. On recrute donc massivement des chirurgiens « de levée ». Dont Lavo.
A partir de 1777, sa présence au village natal se fait de plus en plus rare. C’est qu’il est désormais accaparé par sa fonction de chirurgien major en Bretagne, en Amérique, aux Indes, et dans le Pacifique avec Lapérouse.


Les campagnes en mer de 1777 à 1784

Après un court engagement en 1777 sur la Licorne, puis une année à terre aux hôpitaux de Brest en 1778, sa carrière dans la Marine prend un tour définitif en 1779. Il participe à la tentative avortée de débarquement en Angleterre avec l’escadre d’Orvilliers, puis affecté sur la Nymphe en 1780, il est capturé avec 72 autres blessés après un combat contre les anglais et retenu à Falmouth, en Cornouailles. Libéré, il est requis de 1781 à 1784 pour la campagne des Indes sur le Héros, vaisseau du bailli de Suffren. Responsable des hôpitaux à terre lors des relâches et au feu lors des cinq grandes batailles navales que Suffren livre contre les anglais, il donne toute la mesure de son talent. Là, il sonde les plaies et il ampute. Mais le soin des blessures ne constitue qu’une petite partie de sa tâche, principalement consacrée à la lutte contre la maladie et en particulier le scorbut.
À la suite de ces trois années de campagne, Simon Lavo est excellemment noté par Billard, premier chirurgien de l’École de santé navale de Brest, qui en novembre 1783 le qualifie ainsi : « Actuellement sur le Héros dans l’Inde, sujet transcendant par les preuves multipliées qu’il a données de son habileté dans son art et qu’il serait avantageux d’attacher au service [de l’École de santé de Brest] [8] » et il est félicité par Suffren : « Si tous les officiers de santé lui eussent ressemblé, l’escadre aurait perdu infiniment moins de monde [9] ». Ce dernier lui obtient une rente de 600 livres par an et une distinction exceptionnelle : un brevet du roi l’établissant chirurgien ordinaire de la marine de Brest.

Expédition Lapérouse : Simon Lavo, chirurgien major de l’Astrolabe

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Louis XVI donnant ses instructions
Ce tableau, peint en 1817 par Nicolas-André Monsiau, présente Louis XVI, accompagné du maréchal de Castries, ministre de la Marine, donnant des instructions à M. de La Pérouse pour son voyage autour du monde.
Epuisé et aspirant au repos, Simon Lavo est pourtant retenu pour participer à la plus grande expédition du siècle dirigée par Lapérouse dont l’ambition est d’achever l’exploration du Pacifique, d’affiner le contour des cartes, d’étudier les mœurs des peuples inconnus et de rapporter de nouvelles espèces végétales. Avant de rejoindre Brest, le 9 février 1785, dans l’étude du notaire de Germignonville, il donne procuration à son frère pour gérer ses biens. C’est la dernière fois qu’il voit les siens.
Le 1er août 1785, la Boussole et l’Astrolabe, respectivement commandées par Lapérouse et Fleuriot de Langle, quittent la rade de Brest pour un voyage de circumnavigation dont le retour est prévu au début de l’été 1789. Simon Lavo, le beauceron de Germignonville, fait partie des premiers européens à reconnaître les côtes de l’Amérique du Nord jusqu’en Alaska avant de sillonner la mer du Japon et de gagner les rivages encore mystérieux de Tartarie.

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Simon Lavo
Simon Lavo à la baie de Langle, au Kamtchatka, au centre, est en train de noter le vocabulaire du visage, avec l’aide d’un vieillard, sous le regard attentif de Lapérouse et de de Langle. Partie d’un lavis de Duché de Vancy, portraitiste de l’expédition ramené en France par Lesseps en 1787 avec treize autres lavis. ( SHAM, Ms, sh 352)
Son rôle dans l’expédition n’est pas mince et fait l’objet de compliments appuyés de de Langle dans le courrier qu’il adresse au ministre de la marine en 1787 : « J’ai beaucoup d’éloges à vous faire du sieur Lavaux, mon premier chirurgien et du sieur Guillou, son second ; ils ont contribué, par leur prévoyance, à la bonne santé de mon équipage : ils ont eu heureusement beaucoup de loisirs jusqu’à présent ; ils les emploient, pendant le séjour dans les rades, à prendre des connaissances en botanique et en histoire naturelle, et à faire des collections pour le cabinet du roi. [10] » Il ajoute à ses qualités un précieux talent auquel rend hommage Lapérouse. Simon Lavo, qui « avait une sagacité particulière pour s’exprimer et comprendre les langues étrangères [11] » compose en effet un lexique, lequel permet à Lapérouse d’établir le contact avec les habitants des îles Kouriles.
Le 11 décembre 1787, la traversée du Pacifique sud est marquée un par un affrontement entre les « naturels » de l’île de Manu’a (dans les îles Samoa) et 60 membres de l’expédition, lequel dégénère en un épouvantable massacre – 10 morts, 22 blessés pour les français – dont le chirurgien major de Germignonville réchappe en se sauvant à la nage malgré une blessure à la tête qui nécessite une trépanation. Le 10 mars 1788, l’expédition lève l’ancre de Botany Bay, en Australie, mais la traversée du Pacifique est fatale aux deux bâtiments qui se fracassent sur les récifs de l’île de Vanikoro. Le mystère de la disparition de Lapérouse commence. En 1826, Peter Dillon découvre les restes de l’épave de l’Astrolabe dont on sait qu’une partie de l’équipage survécut.


Simon Lavo a-t-il survécu au naufrage ?

L’extraordinaire est que, selon un récit édité à New York en 1844, Simon Lavo aurait abordé les îles Vitu, au nord de la Nouvelle-Guinée-Papouasie, où il aurait fait souche puisque l’auteur, Jefferson Jacobs, affirme y avoir rencontré en 1834 sa fille et son fils. Voici comment il rapporte sa rencontre avec Lavoo, dit le « guerrier rouge », nous informant sur ses origines supposées [12] :

« Nous nous rendîmes tous au palais de Lavoo où, assis sur des tapis, de nombreux chefs âgés étaient assemblés (…).L’homme le plus considéré était Lavoo, le guerrier rouge. Il était robuste, puissant, de taille moyenne, âgé de quarante-cinq ans environ, et avait l’air d’un chef écouté. Sa peau était celle d’un mulâtre ou d’un rouge vif et ses cheveux étaient longs et roux. Son aspect physique était totalement différent des autres insulaires qui semblaient lui conférer le rang d’un chef ou d’un patriarche considérable. Exception faite de sa douceur et de sa beauté, sa femme lui ressemblait en tout point. Ils étaient frère et sœur ! C’est du moins ce dont Darco m’informa, et ses dires, recoupés avec les bribes d’information que j’ai recueillies chez les indigènes, me portent à penser que c’était vrai. J’appris de plusieurs sources que l’île de Riger avait été en premier habitée par un Français nommé Laveaux, chirurgien dans l’expédition de La Pérouse. Il prit une ou plusieurs femmes de l’île de Nyappa : ainsi le guerrier rouge et sa femme étaient le fils et la fille de Laveaux que l’on prononce Lavoo, nom de l’homme rouge [13]. »

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Journal de Lapérouse
Extrait du journal de Lapérouse, rapporté également par Lesseps en 1787. Partie du lexique composé par Simon Lavo. Archives nationales MAR 3jj 387.
Si l’on suit Jefferson Jacobs, cherchant sans doute à gagner la Papouasie Nouvelle Guinée ou les Philippines [14], Simon Lavo et d’autres rescapés de Vanikoro auraient accompli une odyssée de quelque 2 000 km jusqu’aux îles Vitu où une tempête ou un séisme, les aurait contraints à aborder. Cette hypothèse est séduisante, mais ne repose que sur un témoignage tardif que pour l’heure rien ne vient étayer…ni infirmer. Rêvons : si elle était confirmée Simon Lavo serait ainsi le seul rescapé connu de l’expédition Lapérouse…

Il faut admettre que la mémoire de Simon Lavo, restée dans le registre oral et populaire, n’a pas traversé le XIXe siècle. En 1857, en réponse à l’enquête lancée par la Société Archéologique d’Eure et Loir, l’instituteur du village ne mentionne aucun nom connu à Germignonville. Les ouvrages d’érudits locaux sont tout aussi muets.
Le paradoxe veut que le hasard d’une enquête sur Aubin Denizet, cultivateur oublié des plaines de Beauce, ait exhumé le nom de celui qui fut un chirurgien major de notoriété nationale.

Le concours des généalogistes et des passionnés d’histoire…

Il demeure encore des ombres dans la vie et la famille de Simon Lavo et qui pourraient être éclairées grâce au concours des généalogistes. En effet, la descendance de son frère Jean-François Lavo, époux de Dorson Marie-Thérèse est très incomplète. Leurs deux enfants sont Lavo François Théodore Amand, né à Germignonville en 1797 (et dont nous ne savons rien) et Lavo Pierre Armand, époux de Lavo Marie Marguerite Agnès qui se sont établis à Orléans où ils eurent cinq enfants dont deux seulement échappèrent à une mort précoce : d’une part Thérèse Angella Lavo qui épouse en 1850 à Orléans Jibergi Jean Adolphe (né à Rochefort) ; d’autre part Lavo Auguste Edouard qui est né en 1829 à Orléans et dont la trace est perdue…
En outre, Simon Lavo n’est pas le seul à avoir quitté sa région natale. Son frère Michel Dominique né en 1760 à Germignonville est parti faire son tour de France comme compagnon serrurier en 1780 et n’a ensuite donné aucune nouvelle, comme l’atteste un acte notarié en 1799.
Simon Lavo a sûrement laissé des traces (actes de notaire, par exemple) à Brest, peut-être à Orléans ou Paris où il pourrait avoir fait ses études.

Toute information serait la bienvenue….

Notes

[1] A ce sujet, DENIZET A., « Simon Lavo, Germignonville, chirurgien-major de Suffren et de Lapérouse » in Les navigateurs d’Eure et Loir dans les grandes expéditions des XVIIIe et XIXe siècles, pp. 99-161 SAEL, 2007. (Société Archéologique d’Eure et Loir, 1,rue Jehan Pocquet Chartres 28 000, http://www.sael28.fr/)

[2] C’est au Chili que Lavo, lors d’une escale a écrit à sa famille. Archives d’Eure et Loir 2 E 66/211.
[3] Denizet Alain, « Au cœur de la Beauce, enquête sur un paysan sans histoire, le monde d’Aubin Denizet, 1798-1854 » Editions Centrelivres, 2007, 336 pages. Pour plus d’informations sur le livre, voir page d’accueil de « Généalogie et Histoire ».

[4] Les trois héritiers font établir le 26 avril 1802 un acte de notoriété indispensable pour clore les successions et font comparaître à cette fin devant notaire 9 témoins du village. D’autres actes de notaire liés au partage des biens de la mère évoquent la carrière de Simon Lavo comme chirurgien major.

[5] Voir en fin d’article.

[6] AD 28, 2 E 66/195. Inventaire après décès de Jacques Lavo.

[7] Toutefois, aucun contrat d’apprentissage n’a été relevé dans les études de notaire étudiées.

[8] Archives Nationales, MAR/C/2/111 f° 57, état du 6 novembre 1783.

[9] AN, MAR/C/7/171.

[10] Voyage de Lapérouse autour du monde, éd. Milet-Mureau, op. cit, vol. IV, lettre de Fleuriot de Langle, Macao, le 18 janvier 1787.

[11] Voyage de Lapérouse…, « Journal », Milet-Mureau, op. cit., III, 19.

[12] Cette information sur le livre de Jacobs a été donnée à la SAEL par Jean Guillou, membre de l’association Salomon et grand spécialiste des recherches sur le « mystère Lapérouse ».

[13] JACOBS, Thomas Jefferson, Scenes, incidents, and adventures in the Pacific Ocean, or, The islands of the Australasian seas, during the cruise of the clipper Margaret Oakley under Capt. Benj. Morrell, Harper and bros, N.-Y., 1844. p. 83.

[14] DUNMORE, Lapérouse, explorateur du Pacifique, Payot, 1986, p. 294 : « La tâche n’était pas impossible ».


Alain Denizet : alain.denizet@wanadoo.fr

lundi 12 avril 2010

Conférence sur l'expédition de Lapérouse en Alaska - Saint-Malo


La Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo propose sa conférence mensuelle lundi 19 avril, à 14 h 30, à la chambre de commerce et d'industrie.

Le 3 juillet 1786, deux navires, La Boussole et L'Astrolabe, entrent dans la baie de Lituya en Alaska. A la tête de cette expédition : Jean-François Galaup de Lapérouse.
Sa rencontre avec la population locale, les Indiens Tlingit, fait encore débat en Alaska : difficile pour deux cultures si différentes de se comprendre.
Cette conférence est présentée par Philippe Fichet Delavault. Commandant de paquebots de croisière, il s'est rendu chaque été à Lituya Bay en Alaska, au cours des huit dernières années. Il a rencontré les descendants des populations indiennes, témoins de l'arrivée de l'expédition de Lapérouse.

Lundi 19 avril, à 14 h 30, à la chambre de commerce et d'industrie, avenue Louis-Martin. Renseignements au 02 23 18 44 34 ou 02 99 40 06 50, entrée libre.


source: Ouest France 10 Avril 2010

dimanche 11 avril 2010

Les habitants de l'île de Pâques s'opposent au voyage à Paris d'une de leurs statues

Une des célèbres statues moaïs de l'île de Pâques, qui devait être prêtée à la France fin avril pour une exposition, ne voyagera vraisemblablement pas à Paris, après le refus des îliens consultés par référendum.
 Une statue Moai devait être exposée temporairement à Paris. Les 
Pascuans ont rejeté le projet par référendum.
AFP/MARTIN BERNETTI
Une statue Moai devait être exposée temporairement à Paris. Les Pascuans ont rejeté le projet par référendum.
La consultation, qui s'est déroulée début mars, est passée inaperçue car le Chili a dû faire face à l'urgence du séisme et du tsunami du 27 février. Mais au total, selon les résultats annoncés jeudi 8 avril, 89 % des habitants de l'îlot du Pacifique sud se sont opposés au voyage de la statue.



Le projet de transfert d'un moaï à Paris, pour y être exposé du 26 avril au 9 mai au jardin des Tuileries, avait été lancé en 2008 par les fondations italienne Mare Nostrum et française Louis-Vuitton. Il visait à faire connaître la culture de l'île, en échange d'une contribution à la préservation de son patrimoine. Des archéologues et logisticiens des fondations et des monuments chiliens avaient réalisé des repérages en 2009 sur l'île, qui compte un millier de statues moaïs. Ils avaient présélectionné la plus adéquate, haute de 5 mètres et pesant 13 tonnes, pour entreprendre un voyage par avion de 13 000 km.

Les quelque 4 000 habitants d'origine polynésienne de Rapa Nui, nom indigène de l'île, ont été informés du projet au cours d'une série de réunions, puis consultés par référendum, en vertu de la convention de l'Organisation internationale du travail sur les peuples indigènes. Sur près de 900 suffrages exprimés (pour 1 500 inscrits), les îliens ont rejeté l'expatriation du moaï par 789 "non" contre 94 "oui". Les autorités chiliennes, qui avait émis un avis initial favorable, doivent officiellement donner une décision finale lors d'une réunion plénière mi-avril. Mais il est fortement improbable qu'elles aillent à l'encontre de l'avis de la population pascuane.



LEMONDE.FR avec AFP | 08.04.10 | 19h25  •  Mis à jour le 08.04.10 | 19h36






mercredi 31 mars 2010

Des graines de l'expédition La Pérouse étudiées à Brest 225 ans après !

Source AFP
image par The photoblog of Martin Kenny
Des graines de Banksia, une plante australienne découverte par les botanistes de l'expédition La Pérouse partie de Brest en 1785, sont arrivées au Conservatoire botanique national (CBN) de Brest pour y être étudiées 225 ans après leur collecte et un long séjour dans l'eau de mer.

"Les graines sont épaisses, volumineuses, et dans un étonnant état de conservation" malgré un séjour dans l'eau de mer de près de 200 ans, a déclaré Stéphane Buord, botaniste du CNB, en présentant lundi les semences à la presse.

Le CNB, en association avec le laboratoire de biologie végétale Végénor BBV de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), va maintenant explorer l'intérieur des graines dans l'espoir d'y trouver "des cellules vivante", a expliqué la biologiste Manuelle Bodin, de Végénor BBV.

"Une mise en culture in vitro" de ces cellules pourrait aboutir à la création d'un Banksia, a-t-elle expliqué en rappelant que cette technique avait déjà permis la création, à partir de tissus, d'une plante malgache disparue.

Les graines ont été trouvées en 1986 sur le lieu du naufrage des navires de l'explorateur français à Vanikoro (archipel des Salomons, dans le Pacifique sud), lors d'une expédition de l'association Salomon qui tente de percer le mystère La Pérouse, a expliqué l'historien maritime brestois Alain Boulaire.

Elles ont ensuite été conservées au Musée d'histoire maritime de Nouvelle Calédonie à Nouméa, avant de regagner Brest, ville à laquelle elles étaient destinées 225 ans plus tôt.

A la demande de Louis XVI, les deux navires de l'expédition scientifique, La Boussole et L'Astrolabe, menée par l'officier de marine Jean-François de La Pérouse, étaient partis du port de Brest en 1785 pour un tour du monde de quatre ou cinq ans.

En 1788, l'escadre avait fait sa dernière escale en Australie, à Botany bay, où les fruits du Banksia avaient été récoltés. L'expédition s'était perdue sur la barrière de corail de Vanikoro après une violente tempête.



© 2010 AFP

mardi 30 mars 2010

L'île de Pâques veut se protéger du tourisme de masse

LE MONDE | 23.12.09 | 15h52  •  Mis à jour le 23.12.09 | 15h52
Hanga Roa (île de Pâques), envoyée spéciale

37 ans, Luz Zasso Poa est, depuis un an, maire de Hanga Roa, chef-lieu de l'île de Pâques. "Rapa Nui", corrige-t-elle, revendiquant le nom polynésien de l'île mythique, découverte par un navigateur hollandais un jour de Pâques, en 1722, et annexée par le Chili en 1888. Une île qui, en octobre, s'est prononcée massivement, par référendum, en faveur d'un contrôle renforcé des flux migratoires. "Nous ne rejetons pas les touristes", dit Luz Zasso Poa quand on évoque ce vote, ainsi que les manifestations d'une partie des 5 000 habitants qui, en août, ont bloqué l'aéroport, empêchant pendant 48 heures les avions d'atterrir : "Le tourisme représente 80 % de notre économie et le futur de nos enfants."
Aucune industrie n'est installée sur cette île du Pacifique, la plus isolée du monde, à 4 000 km de Santiago. Tout vient du continent, même le gaz, ce qui explique les prix élevés : un kilo de pain vaut 800 pesos (1,10 euro) à Santiago mais est vendu 2 000 pesos (2,80 euros) à Rapa Nui.Grande et robuste, le visage souriant et le regard orgueilleux, Luz Zasso Poa est fière d'être la descendante d'un des principaux clans Rapa Nui. Fière aussi d'être la plus jeune maire du Chili. Elle précise qu'elle rejette le tourisme de masse, "qui met en péril le fragile écosystème" de ce paradis perdu de 164 km2, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Dans son bureau, tout en macoï, le bois rosé local, les baies vitrées donnent sur des palmiers et une surprenante variété de fleurs exotiques. Plus de 65 000 visiteurs débarquent chaque année sur l'île, attirés par les plages, les paysages volcaniques et, bien sûr, les moaï, ces mystérieuses statues géantes en basalte.
La maire de Hanga Roa défend "un tourisme sélectif". En accord avec le gouverneur - une autre femme, Carolina Hotus Hey, elle aussi Rapa Nui -, elle souhaite la création d'un conseil migratoire, avec des quotas de touristes et de travailleurs résidents, sur le modèle des mesures mises en place par l'Equateur aux îles Galapagos : "Les Rapa Nui désirent contrôler ce qui leur appartient, alors que, pour l'instant, tout se décide à Santiago". Les grands complexes hôteliers sont interdits mais un luxueux "resort", consacré au tourisme d'aventure, s'est installé sur l'île, à l'abri des regards. La maire a des démêlés avec son propriétaire, un riche entrepreneur chilien.
L'élection présidentielle au Chili, où la droite pourrait l'emporter au second tour, le 17 janvier, laisse indifférents les insulaires. Aucune affiche politique n'est visible sur l'île. Les Pascuans en veulent aux continentaux. Des centaines d'entre eux sont venus, ces dernières années, s'installer sur l'île. Ils représentent 40 % de la population et accaparent les emplois les plus rémunérateurs. "Ils ne respectent pas nos coutumes et notre environnement", se plaint Manu Haoa, un musicien qui transmet aux enfants des écoles la musique et les danses de leurs ancêtres.
"Les Pascuans vous acceptent si vous leur apportez quelque chose", notent Robert Weber et Nancy Thiesen, un couple de linguistes américains qui travaillent depuis trente-deux ans dans l'île. Ils ont élaboré des programmes d'intégration de la langue rapanui, obligatoire, dans les écoles locales et préparent un dictionnaire trilingue. La langue rapanui, d'origine polynésienne, a son écriture, mais les inscriptions anciennes, retrouvées gravées sur des tablettes en bois, les rongo-rongo, n'ont toujours pas été décryptées.
Il existe trois écoles sur l'île, mais les jeunes qui veulent faire des études universitaires doivent s'exiler sur le continent. "Beaucoup ne reviennent pas, car il n'y a pas de travail en dehors du tourisme, note Merina, une guide. Il y a des continentaux incrustés partout, dans le gouvernement et l'administration."
Ces dernières années, des centaines de voitures et de bruyantes motos ont envahi Hanga Roa. Les poubelles s'amoncellent. "Il faut réguler la croissance démographique, car l'île ne peut pas absorber une quantité indéterminée de résidents permanents", estime Imelda Hey Pao. Cette hôtelière accuse les continentaux d'être à l'origine de l'apparition de la drogue et de la délinquance, phénomènes jusque-là inconnus sur l'île.
Dans la rue principale de la capitale, bordée de petits commerces et de restaurants, quelques pancartes revendiquent l'autonomie de l'île. "C'est une poignée de fous, s'exclame Hermes Valenzuela, propriétaire d'un supermarché. Sans le Chili, comment vivrions-nous ?"
En octobre, les quelque 1 300 électeurs de l'île ont approuvé à plus de 96 % une réforme de la Constitution chilienne qui devrait donner aux autorités locales un plus grand contrôle des flux migratoires. L'actuelle Constitution accorde un statut particulier à l'île de Pâques, garantissant la libre circulation des citoyens mais précisant que les terres appartiennent exclusivement aux Pascuans.
Les Chiliens du continent ou les étrangers ne peuvent pas acheter un terrain ni même une maison. "Le gouvernement de Santiago a attribué, en 1999, cinq hectares à chaque famille Rapa Nui", explique Ana Tuki, qui cultive le manioc et le maïs. Le seul moyen de devenir propriétaire est donc d'épouser un Rapa Nui.
"Des jeunes filles du continent viennent séduire nos fils pour avoir un enfant qui héritera des terres", se plaint la cultivatrice. On appelle péjorativement ces intruses "les filles aux cinq hectares".

Christine Legrand
Article paru dans l'édition du 24.12.09

vendredi 19 mars 2010

projection en avant-première du film "Au-delà d'un naufrage" à Carantec

L'amiral Battet sur les traces de La Pérouse, ce jeudi à l'Etoile - Carantec

L'amiral Jean-Louis Battet, coordinateur ministériel de la 
dernière expédition sur les traces de La Pérouse, commentera un 
documentaire, projeté jeudi, au cinéma Etoile.</P>

Au printemps de 1788, les deux bateaux de l'expédition autour du monde de M. de La Pérouse faisaient naufrage sur l'île de Vanikoro, dans le Pacifique Sud.
Depuis le milieu du XX e siècle, les expéditions se sont succédé pour tenter d'élucider le mystère de cette disparition et de comprendre ce que sont devenus les membres de l'équipage d'un de ces navires, l'Astrolabe, qui, selon la tradition orale des indigènes et les découvertes archéologiques, auraient séjourné sur l'île.
« Ont-ils vraiment pu repartir sur une embarcation de fortune ou ont-ils succombé aux assauts des Mélanésiens cannibales ? », se demandent encore les chercheurs. Pour trouver la réponse, l'association Salomon, soutenue par la Marine nationale, a conduit à l'automne 2008 une septième expédition sur l'île de Vanikoro.
Au-delà d'un naufrage, documentaire de 90 minutes, réalisé par Yves Bourgeois, auteur des films diffusés par Thalassa, sur les quatre dernières expéditions, sera projeté, jeudi 18, au cinéma Etoile. « C'est une version originale exclusive : elle est mise à la disposition du Rotary club de Morlaix et de l'association des plaisanciers de Carantec (APC) au profit des sinistrés d'Haïti », précise Joël Korn, président de l'APC. Une projection commentée par l'amiral Jean-Louis Battet, coordinateur ministériel de cette expédition.
Les bénéfices de la buvette, ouverte après la séance, seront reversés à l'association de Soutien des familles des marins péris en mer. Les recettes réalisées par les entrées payantes bénéficieront aux sinistrés d'Häiti.
Jeudi 18 mars, projection du documentaire Au-delà d'un naufrage, le naufrage de M. La Pérouse, commenté par l'amiral Battet, à 20 h 00, au cinéma l'Etoile. Tarif : 6 €.

 Source: Ouest France 18/03/10