vendredi 21 mai 2010

Un film conférence sur Vanikoro à l’IRD (Nouméa, Nelle Calédonie)

pour ceux d'entre nous qui peuvent être à Nouméa la semaine prochaine...

Un film conférence sur Vanikoro à l’IRD

Le film Le mystère de Vanikoro, réalisé par Yves Bourgeois pour Thalassa, sera projeté mardi soir à 21 h dans l’auditorium de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à l’Anse-Vata.La projection, organisée dans le cadre des « Mardis de la découverte », par l’IRD, le CDP et l’UNC, sera commentée par Jean-Christophe Galipaud, archéologue et membre de l’association Salomon.

Il évoquera les recherches qui l’on mené à la découverte du « camp des Français » et quelques uns des membres de l’association Salomon commenteront le déroulement des fouilles en mer.

Rappelons que 200 ans après le naufrage à Vanikoro de La Boussole et de l’Astrolabe, commandés par Jean-François de Galaup de la Pérouse, l’association Salomon a financé et organisé plusieurs expéditions permettant de mieux connaître l’origine et les suites de la tragédie dont de grands pans restent à découvrir.

source: Nouvelles Caledoniennes 2010 May 22

jeudi 20 mai 2010

Lapeyrouse vs Lapérouse: origine du nom

par Pierre BÉRARD 
article publié en version intégrale
www.tarn-loisirs.com


D’un lieu rural occitan à une notoriété maritime francisée 

Les lieux "La Peyrouse" en pays d’Oc, et ailleurs
La ferme Lapeyrouse : la famille du marin avait comme base de ses revenus des propriétés rurales au Gô avec maison de maître, dans une boucle du Tarn proche d’Albi, et le domaine de Labarthe, qui fait désormais partie de la ville. Elle possédait aussi d’autres terrains agricoles plus éloignés, vignes, prés, terres cultivables, et en particulier la métairie de La Peyrouse, alias "la pierreuse", achetée vers 1750 par Victor-Joseph de Galaup, mais qui avait appartenu antérieurement à sa famille par le biais d’une arrière-grand-mère "de Ciron."

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Ferme La Peyrouse
Cette ferme, sur l’actuelle route de Fauch, n’avait rien de particulier, mais représentait une rente de l’ordre de 200 livres tournois par an ; si son sol avait été à l’origine assez pierreux, le travail agricole sur les terres arables consiste précisément à les éliminer progressivement à l’occasion de chaque mise en culture annuelle.
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Albi, route de Fauch
Cette propriété restera dans la famille du navigateur, dans la branche Barthès, celle de sa plus jeune soeur, avant sa vente à Mme de Lauzeral (de Labastide-de-Lévis) en février 1851, ayant alors le fronton de la ferme enrichi d’un décor maritime.

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Décor maritime sur le fronton de la ferme Lapeyrouse
Le château de Lapeyrouse - Fossat, commune de Castelmaurou (31180), sur la route d’Albi à Toulouse, est un domaine beaucoup plus important de 365 hectares (il en reste une cinquantaine actuellement, bois et cultures associés au château, et la toiture actuelle remplace un toit beaucoup plus plat à cette époque), qui appartenaient à Philippe Picot de Lapeyrouse, capitoul de Toulouse, sans descendance mâle.
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Château de Lapeyrouse-Fossat
Il en a fait hériter son neveu, également appelé Philippe Picot, naturaliste de talent et un des principaux gestionnaires du Jardin des Plantes de Toulouse, considéré à cette époque comme le second après Paris.
Ce Picot, issu d’une famille bourgeoise de commerçants de la région toulousaine, deviendra président du district de Toulouse, où il a joué un rôle significatif dans l’organisation de l’enseignement public.
Sous le règne de Napoléon le conventionnel Richard représente le pouvoir central à Toulouse, où il est chargé de désigner un maire, si possible docile.
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Buste du maire Lapeyrouse
Ce sera M. Picot, déjà engagé dans la vie publique, qui sera le maire de Toulouse de 1800 à 1806 : malgré quelques difficultés pour accepter les projets gouvernementaux tels que celui de démolition des Carmes, la reforme de gestion de l’hôpital, le contrôle des impôts et d’une façon générale une perte d’autonomie municipale ; Richard comme Picot laisseront le souvenir d’honnêtes hommes vivant une époque de transition.
Picot, devenu héritier du château de Lapeyrouse où il se retirera, adoptera entièrement ce nom ; une courte rue centrale de Toulouse, de la place Wilson à la rue d’Alsace, commémore la mémoire sous ce nom de l’ancien maire de la ville, le nom de Picot s’effaçant devant son nom complémentaire de Lapeyrouse, châtelain des environs.
Toujours dans la région de Midi-Pyrénées la petite basilique Notre Dame de Lapeyrouse, près de "La Française" en Tarn-et-Garonne, dans le diocèse de Montauban, est un autre nom connu dans le Quercy.
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Pélerinage à la basilique Lapeyrouse
Elle remplace une chapelle dépendant au XIe siècle de l’abbaye de Moissac, construite dans une région de collines sur un tumulus portant un dolmen ; elle fut ensuite remplacée au XVIIe siècle par une autre chapelle, et entièrement reconstruite en 1877 par l’architecte Brefeil sous sa forme actuelle en style romano-byzantin, avec coupole en ardoise, assez surprenante dans la région. Inscrite à l’inventaire complémentaire des monuments historiques, elle est en cours de réhabilitation par le Conseil Général, et objet d’un pèlerinage le lundi de la Pentecôte.
Ces trois exemples dans la région ne sont pas limitatifs et avec des orthographes diverses, faisant toutes référence à la pierre, on trouve par exemple un lieu-dit Peyrouse, près de Gaulène sur la route de Valence d’Albi, ou à côté de Valdurenque dans la région de Castres. Il y a également près de Legevin, sur la route d’Auch au lieu-dit "Lapeyrouse" un château Castelnovel, ancienne halte des pèlerins, actuellement centre de soins pour enfants handicapés.
Au-delà de la région on trouve d’autres villages appelés Lapérouse dans l’Ain, Lapérouse-Mornay dans la Drôme, et, avec des orthographes différentes, Lapérouse dans le Puy-de-Dôme, Peyrouse dans les Hautes-Pyrénées, Perrouse en Haute-Saône. Quant aux "lieux-dits" caillouteux il y en a certainement bien d’autres, que les lecteurs de cet article sont invités à signaler.
Enfin on connaît la ville moyenne italienne de Pérouse (Perugia), entre Florence et Rome, et La Pérouse au Canada, dans le Manitoba, en pleine zone continentale, gare sur la ligne du "Canadian National Railway", en souvenir de l’expédition de la baie d’Hudson.

Appropriation et francisation du nom par le navigateur et par sa famille

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Armoiries de Galaup
Comme on le sait à Albi, et beaucoup moins ailleurs, l’explorateur maritime est un fils "de Galaup", une des 100 familles nobles d’Albi, dont les armoiries évoquent un cheval rapide. Lors de son entrée en 1756 à l’École des Gardes de la Marine de Brest Jean François de Galaup commence à ajouter à son nom de famille celui de la propriété La Peyrouse, que lui a donné son père pour compléter les revenus nécessaires pour suivre sa scolarité maritime, en partie payante à cette époque.
Bien que la référence à une terre qui vous appartient eût été fréquente chez les nobles, l’appellation du marin s’est orientée assez rapidement dans deux directions, l’une étant l’abstraction de plus en plus fréquente dans la signature de son nom patronymique, et l’autre une francisation de l’orthographe avec l’abandon du "y", caractéristique d’une prononciation à l’occitane.
Ceci est peut-être lié au désespoir d’un père vis-à-vis de son unique fils survivant, pour son manque d’intérêt au contrôle de la gestion agricole sur les propriétés familiales.
L’abandon du nom de Galaup a été constaté assez tôt dans les registres de la Marine ; alors qu’il est enseigne de vaisseau à l’Île de France les documents officiels parlent de M. de La Pérouse commandant la flûte "la Seine". Lui-même modifie assez rapidement sa signature "de Galaup de Lapérouse" pour De La Pérouse ou La Pérouse en un mot, et sans "y". Il est connu sous ce nom de La Pérouse par ses supérieurs et protecteurs (dont de Fleurieu) et par le roi Louis XVI lui même, et plus tard par les écrivains qui ont célébré sa mémoire, comme Chateaubriand ou André Chenier.
La querelle du "y" et du "la" isolé se poursuivra longtemps chez ses collatéraux, enfants de ses deux soeurs, dont la descendance prend naturellement le nom du père, au détriment du nom de jeune fille "de Galaup" de la mère.
Mais, en raison de la notoriété du grand marin, un rappel de la parenté avec lui a toujours été un objectif familial des neveux et de leurs descendants. En particulier la descendance de la sueur aînée qui comprenait de nombreux officiers, et même des généraux, fera officialiser par Louis XVIII en 1815, lors de la Restauration, le droit d’ajouter à son nom de famille celui de La Peyrouse. Puis en 1839 une ordonnance de Louis Philippe, à la demande de la famille, fera modifier l’orthographe officielle de ce complément en "Lapérouse" en un seul mot, comme signait l’intéressé.
Une querelle existe sur l’opportunité d’écrire La Pérouse ou Lapérouse, tel que semblait l’avoir choisi l’Officier de Marine lui-même, et tel que la dernière ordonnance le désigne officiellement, n’est pas tranchée. Une étude très documentée a été faite sur ce point par M. Thomas, président-fondateur du Boomerang-Club de France, qui conclut que l’orthographe correcte est La Pérouse, même si l’intéressé signait "par erreur" en un seul mot, par facilité, pour lui éviter de lever la plume entre les deux mots...
La Marine nationale a aussi une préférence pour l’orthographe "La Pérouse", en raison de son attrait, probablement inspiré des traditions britanniques, pour considérer qu’un navire de guerre est du genre féminin ; c’est aussi l’avis, qui fait autorité, de l’Académie des Belles Lettres.
En tout cas il vaut mieux conseiller à des gens qui se croient parents de Lapérouse, nom d’emprunt qu’il a choisi, parce que leur nom évoque ce mot, de faire plutôt des recherches autour "de Galaup" ou de sa famille, en utilisant les ressources de l’ouvrage très documenté du généalogiste familial M. d’Azemar.

Une célébration mondiale du nom de La Pérouse

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Colonne de Botany Bay fétée par l’équipage de Bruat en 1883
Ce n’est pas seulement sa famille qui a cherché à conserver et commémorer son nom, mais le monde entier par des appellations de lieux terrestres et maritimes, liés à son voyage d’exploration. Ceci n’est pas particulier à Lapérouse, et indique le bénéfice moral par la mémoire de leur passage qui revient aux navigateurs découvreurs et à leurs principaux collaborateurs.
Cette gloire s’étend aussi aux protecteurs (Necker, Crillon, d’Estaing, de Fleurieu) ou commanditaires de l’époque qu’ils voulaient honorer.
L’expédition La Pérouse est arrivée sur le rivage nord de Botany Bay (Australie, Nouvelles Galles du Sud) au moment où se créait la première colonisation de peuplement britannique australienne en janvier 1788. Son lieu de débarquement, proche de l’actuel aéroport de Sydney, s’appelle La Pérouse ; on y trouve un musée australien consacré au navigateur, ainsi qu’une colonne commémorant son voyage, construite par hyacinthe de Bougainville.
Deux lieux de baptêmes Lapérouse existent dans l’archipel des îles Hawaï, l’un est la baie de Lapérouse (dont l’aspect riant décrit par l’expédition a été modifié ultérieurement par une coulée de lave) à Maui en mai 1786 (stèle commémorative sur place), l’autre est "Lapérouse pinnacle", gros rocher isolé au milieu des "French frigate shoals", haut-fond évité de justesse dans la traversée est-ouest du Pacifique, à mi-distance entre Honolulu et Midway. Enfin on trouve à l’île de Pâques une baie de Lapérouse, complétant celle de Cook, souvenir de l’escale du 9 mars 1786.
Près de la baie des Français (Lituya Bay actuellement par 58°20 N, dominée par le mont "Crillon") se trouve le glacier Lapérouse, non loin de Fairweather, seul grand glacier actif de la zone à atteindre directement l’océan, les autres se déversant dans des baies abritées. Un sommet Lapérouse en Nouvelle Zélande fait le pendant du Mont Cook, bien que le navigateur français n’y soit jamais allé.
Au Kamchatka, dans le "Nalychevo nature park" au nord de Petropavlosk, un sommet de 1170 m de haut s’appelle Lapérouse.

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Détroit de Lapérouse vu de la pointe Soya à Hokkaïdo (Japon)
avec au fond Sakhaline se détachant sur le ciel.
En matière maritime le principal témoignage est celui de la découverte du détroit de Lapérouse, au nord du Japon, séparant Hokkaido (ville de Wakkanai) de Sakhaline, un peu plus large que la Manche, et aussi appelé détroit de Soya par les Japonais, (du nom de la pointe la plus nord de leur pays) qui honorent un pêcheur-explorateur nippon qui a traversé ce détroit, 50 ans après Lapérouse.
On trouve un haut-fond Lapérouse au large de l’île Vancouver, proche du Detroit Juan de Fuca, par environ 48°5 de latitude nord, souvenir de l’hydrographie faite par météorologie brumeuse entre l’Alaska et Monterey. Enfin dans l’océan Indien un dôme sous-marin, au large de la côte est de Madagascar, par 19°40 sud et 54°10 E, découvert en 1964 par une mission hydrographique française, a reçu le nom de Lapérouse, ce qui a été ratifié par l’Organisation Hydrographique mondiale, sise à Monaco.



En quittant la terre on est surpris de retrouver à la limite de la face visible, le nom de La Pérouse sur la géographie lunaire par 10° sud et 78° de longitude est.
Bien que son navire ne soit jamais passé par là, il faisait cependant le point avec des distances lunaires...
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La Pérouse sur la Lune
En plus de ces noms géographiques des monuments et écoles portent ce nom, à Albi naturellement (place où se trouvent sa statue, université, lycée, école, musée et commerces divers) et aussi à Nouméa (lycée) et à San Francisco (collège).
Timbres de nombreux pays et sujet de médailles achèvent de récompenser l’heureuse initiative de Louis XVI d’envoyer Lapérouse à la découverte pacifique du monde, pour en connaître les habitants et en mesurer les limites, désormais bien rétrécies par l’aviation.

Sur les traces de Lapérouse en Alaska

J'ai retrouvé cet article (les nouvelles calédoniennes 2003) aujourd'hui qui montre que l'association Lapérouse a vraiment poussé ses investigations sur tous les points du globe...


Six membres de l’association Salomon ont peut-être retrouvé un vestige marquant le passage de l’illustre navigateur en juillet 1786 à Lituya Bay, en Alaska (Etats-Unis d’Amérique). Il s’agirait d’une médaille et d’une bouteille enterrées lors de l’escale marquée par un drame.

Lituya Bay avait très mauvaise réputation chez les Indiens. Un sentiment qui perdure chez les navigateurs modernes. Deux embarcations, l’une de La Boussole et l’autre de L’Astrolabe, se perdirent le 13 juillet 1786 dans ses eaux tumultueuses avec 21 marins qui effectuaient des travaux de sondage. Parmi eux, les deux frères Laborde, fils du banquier de Louis XVI. Les instructions nautiques soulignent toujours que « le jusant, devant une houle de sud-ouest, occasionne des raz dangereux à travers l’entrée, qu’une embarcation ne pourrait pas surmonter... les personnes qui ne connaissant pas bien cette baie ne devraient essayer d’y entrer qu’à la mer étale qui dure de dix à vingt minutes ».

La disparition des marins amena Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, à implanter un cénotaphe sur l’île située au centre de la baie, appelée aujourd’hui île sous ce nom, l’orthographe en vieux français de cænotaphe étant devenue cénotaphe. Le monument disparuC’est sur cette île que les recherches de la délégation calédonienne se concentrèrent car, selon le récit de Lapérouse, il y avait installé l’observatoire de l’expédition comprenant une forge et un atelier. L’île lui fut vendue par le chef indien de l’endroit. Pour officialiser cette possession, le navigateur enterra au pied d’une roche une bouteille contenant un acte officiel et une des médailles de bronze qui avaient été frappées en France avant le départ. L’emplacement du cénotaphe, monument en forme de tombeau qui ne contient pas de corps, était parfaitement identifié sur la carte dessinée par l’expédition, au début de la falaise, au sud-ouest de l’île. Il n’existe plus, « probablement détruit par les Indiens », estime Alain Conan.

Il faut dire par ailleurs que l’endroit est soumis à de violents raz-de-marée. Celui de 1958, causé par un séisme, est monté à 600 mètres. Ses dégâts sont encore visibles. L’effondrement d’un pan de la montagne dans la baie dont la sortie constitue un étranglement, a aggravé le phénomène. Selon les spécialistes, des vagues aussi importantes ne devraient plus se produire car les éboulements ont fini par combler les fonds de la baie à l’aplomb de la côte.  

La bouteille témoin
Les recherches ont surtout porté sur la bouteille et la médaille déposées par Lapérouse. Elles ont été organisées autour des roches isolées, dans un paysage bouleversé et fréquenté par les dangereux ours que personne n’a vus mais que tout le monde a entendus. Leur conduite a été menée, avec des détecteurs de métaux, par Alain Conan et Denis Gosset, lesquels ont l’expérience requise. Un écho a été perçu au pied d’une roche de plusieurs tonnes. Selon Alain Conan, le signal indique la présence de bronze ou de cuivre. Il n’a cependant pas été possible de creuser en raison de la réglementation américaine sur la protection des sites historiques et parce que l’île est située dans un parc naturel protégé où il est interdit notamment de manipuler les minéraux et les végétaux. Mais ce n’est que partie remise car les autorités se sont montrées favorables à l’étude d’un protocole de fouilles préservant les intérêts biologiques, minéraux et surtout historiques, un dernier point sur lequel elles se sont montrées sensibles. La délégation calédonienne composée de M. et Mme Denis Gosset, de Jean Guillou, de René Donguy et de M. et Mme Alain Conan, a séjourné trois jours sur le site. Elle y a été rejointe par un Canadien, André Lemieux, passionné de l’histoire de Lapérouse. Les recherches ont été conduites avec la participation d’un archéologue, Wayne Howell, par ailleurs directeur du Glacier Bay National Park and Preserve, et d’un historien du National Park Service, tous deux de nationalité américaine.



Une prise de possession folklorique
La prise de possession de l’île du Cénotaphe par Lapérouse fut plus folklorique qu’officielle si l’on en juge par ce qu’il écrit dans son journal. Le chef « proposa de me vendre l’isle sur laquelle étoit notre observatoire, se réservant sans doute, ainsi que les autres Indiens, le droit de nous y voler ; il est plus que douteux que ce chef fut propriétaire d’aucun terrein, le gouvernement de ces peuples est si démocratique que le pays doit appartenir à la societe entière ; cependant comme beaucoup de sauvages étoient temoins de ce marché, j’avois droit de conclure qu’ils y donnoient leur sanction et j’acceptai l’offre du chef, convaincu d’ailleurs, que le contrat de cette vente pourroit être cassé par plusieurs tribunaux, si jamais la nation plaidoit contre nous, car nous n’avons aucune preuve que les temoins fussent les representants et le chef le vray propriétaire ; quoiqu’il en soit je lui donnoit plusieurs aunes de drap rouge, des haches, des herminettes, du fer en barre, des cloux ; je vis aussi des prements à toutte sa suite ; le marché ainsi conclû, et soldé, j’envoyai prendre possession de l’isle avec les formalités ordinaires - je fis enterrer au pied d’une roche, une bouteille qui contenoit une inscription relative à cette prise de possession, et je mis auprèz une des médailles de bronze, qui avoient été frappées en France, avant notre départ ».

dimanche 2 mai 2010

Le rêve brisé du Nantais Pierre Raffin (BABAR suite)

article repris en version intégrale sur http://www.saint-nazaire.maville.com

Pierre Raffin naviguait en solitaire à bord de Babar, un voilier 
en bois (à l'arrière-plan) avec lequel il avait déjà bouclé un tour du 
monde. N. B.   
Pierre Raffin naviguait en solitaire à bord de Babar, un voilier en bois (à l'arrière-plan) avec lequel il avait déjà bouclé un tour du monde. N. B.

Sur les traces des marins de Lapérouse, Pierre Raffin a été victime d'une grave avarie devant Panamá.

Il était parti de Paimboeuf en août dernier. Il a ensuite traversé l'Atlantique, longé les côtes sud-américaines, fait escale aux Antilles. Il s'apprêtait à passer dans le Pacifique, cap sur les archipels situés au large de l'Australie dans l'espoir de retrouver d'éventuels descendants des marins de Lapérouse naufragés en 1788. Il naviguait seul à bord de Babar, son fidèle voilier en bois avec lequel il avait déjà bouclé un tour du monde en 2002, façon Jacques-Yves Le Toumelin. Son rêve s'est brisé en même temps que la barre de son voilier, il y a quelques jours, au large du canal de Panamá.

Collisions évitées

Nuit du 7 au 8 avril : Pierre Raffin affronte un vent de force 7. Soudain, la pièce métallique qui relie la barre au safran cède. Dans les coups de boutoir des déferlantes, et entre les cargos qui font route vers le canal, le marin nantais réalise, non sans mal, une réparation de fortune. Plusieurs collisions sont évitées de justesse. Le 12 avril, il parvient à rallier Colón sur la côte du Panamá.

« J'ai pris ma décision »

« Je pensais avoir préparé mon bateau du mieux possible, mais cette avarie est révélatrice : je pouvais perdre Babar... », lâche Pierre Raffin qui s'avoue « physiquement très fatigué ».

Cette fortune de mer survient en triste simultanéité avec l'annonce du décès d'un proche et des considérations familiales qui rendent souhaitable sa présence en France. Le choix d'un retour s'impose alors à lui.

« J'ai donc pris la décision de rejoindre les Açores via les Bermudes pour être à Paimboeuf en août ». Après les nécessaires réparations du bateau, il a donc mis le cap vers la France le 18 avril. Mais déjà percent dans son esprit de nouvelles pages de navigation à écrire : « Je vais essayer de ramener Babar... pour le préparer à de nouvelles aventures ».

Jean-Philippe Lucas
Presse-Océan